Le brochet – Le roi des eaux

Sous la surface, il est le roi des eaux du Marais Poitevin. Ce grand carnassier très prisé des pêcheurs pourrait cependant perdre son titre de monarque dans les années à venir… Partons à la découverte du brochet et de son avenir dans le Marais Poitevin.

Le brochet – taillé pour dominer

Le brochet (Esox Lucius) est le plus populaire des carnassiers d’eau douce et pour preuve, depuis de nombreuses générations, de multiples surnoms ont vu le jour pour identifier ce poisson très prisé par les pêcheurs : broc, gros bec, bûche, sifflet, poutre, béquet, fusil…On le retrouve principalement en eaux douces et saumâtres. Les femelles qui peuvent atteindre l’âge de 20 ans, sont les plus imposantes et peuvent mesurer jusqu’à 1,50 mètres pour 30 kg pour les plus âgées. En moyenne, la taille du brochet varie de 40 à 110 centimètres (3 à 10 kg).

Le brochet est un poisson au corps allongé de couleur vert / jaune sur le dos et blanc sur le ventre. Ses nageoires possèdent des couleurs de nuances rouges orangées. Sa gueule de prédateur prend l’aspect d’un bec de canard contenant jusqu’à 700 dents !! Les plus grosses sont réparties autours des mâchoires afin de saisir ses proies. De nombreuses petites dents inclinées tapissent ensuite l’intérieur du palais pour empêcher la proie de ressortir.

Le brochet – l’as de la chasse à l’affût

Le brochet est sédentaire et solitaire. On le retrouve fréquemment dans son habitat préféré : les cours d’eaux calmes, riches en végétation aquatiques et en branchages immergés. Ces zones de cachettes lui confèrent un abri de couleur similaire à sa robe pour se camoufler facilement dans le décor. Depuis son poste de chasse, il patiente à l’affût, sans bouger, jusqu’à ce que son repas daigne passer à proximité…

Mon surnom de « poutre » est plutôt bien choisi…

Au moindre mouvement dans l’eau, ses cellules sensorielles placées le long de son corps, sur sa tête et sous ses mâchoires l’avertissent des vibrations émises par sa proie. Dès que l’occasion se présente (à moins d’1 mètre), le brochet lance son attaque foudroyante pouvant atteindre les 50 km/h pour saisir son repas.

Le brochet consomme principalement du poisson mais sa voracité et son instinct de carnassier peuvent l’amener à varier son régime alimentaire : grenouilles, écrevisses, canetons, rongeurs, voir même d’autres brochets…

La reproduction exigeante du brochet

La reproduction du brochet a lieu tous les ans entre les mois de février et avril lorsque l’eau de nos rivières atteint une température optimale de 5 à 10°C. Les brochets adultes recherchent alors des zones riches en herbiers pour que les femelles puissent y déposer leurs œufs. Ces herbiers se trouvent facilement en bordure de rivières, dans les bras de rivières peu profonds ou dans les prairies faiblement inondées (ce qui est souvent le cas dans le Marais Poitevin entre novembre et février). Ces zones de reproduction sont appelées des frayères à brochet.

Une femelle brochet peut pondre jusqu’à 20 000 œufs par kilogramme de son poids. Ce qui signifie que les femelles les plus imposantes (et donc généralement les plus âgées) sont les plus prolifiques pour assurer la pérennité du brochet (d’où l’intérêt de remettre à l’eau les brochets de grande taille lors de séances de pêche…).

Les alevins, très agressifs dès leur naissance se nourriront d’insectes et de petits poissons pour atteindre en un temps record la taille de 15 cm au bout de leur première année de croissance. Les jeunes brochets sont alors appelés des « brochetons ».

Les techniques de pêche au brochet

La pêche dans le Marais Poitevin est réglementée (eaux de deuxième catégorie). Il faudra vous acquitter d’une carte de pêche pour tenter d’attraper du sifflet (un des surnoms du brochet). Durant la période de reproduction du brochet, la pêche est interdite du dernier dimanche de janvier au 1er mai.

Une taille minimale de capture que l’on appelle « la maille » est fixée : 60 centimètres (du bout du museau jusqu’à l’extrémité de la queue). En dessous de cette limite, il vous faudra remettre votre prise à l’eau. Comme je l’ai déjà évoqué dans le paragraphe précédent, il est également fortement conseillé d’aller au-delà de cette réglementation et de relâcher les brochets de taille imposante, qui peuvent s’avérer être des femelles extrêmement prolifiques pour la reproduction de l’espèce. Le plaisir de tous (pêcheurs et amoureux de la nature) sera ainsi préservé pour les générations à venir…

Les pêcheurs ont le choix entre différentes techniques de pêche pour attraper du brochet : la pêche au vif, la pêche aux leurres (cuillères, poissons nageurs, mouches, leurres souples, etc…), la pêche aux vers. L’emploi d’un bas de ligne en acier ou en fluorocarbone s’avère plus que nécessaire quand on connait la dentition fournie et coupante du brochet

L’avenir du brochet dans le Marais Poitevin

Depuis quelques années, on constate une raréfaction du brochet dans le Marais Poitevin. Le roi des carnassiers d’eau douce est désormais placé sur la liste des espèces vulnérables. On peine encore à comprendre toutes les raisons de cette diminution mais quelques arguments pertinents peuvent en expliquer les raisons :

  • La disparition progressive des frayères à brochet :

    Le comblement des petits canaux du marais (véritables nourricières pour les brochetons), volontaire (pour faciliter le passage des animaux et machines agricoles de parcelles en parcelles) ou non (manque d’entretien des riverains), la diminution des crues hivernales (les fameuses « évailles ») certes bien mieux contrôlées qu’autrefois (pour l’agriculture et l’élevage) mais dont l’apport s’avéraient bénéfique pour la faune et la végétation locale. Sans crues hivernales, pas d’eau sur les prairies et donc pas de frayères à brochetsLa guerre de l’eau est toujours d’actualité dans le Marais Poitevin !

  • L’arrivée d’espèces concurrentes non endémiques du Marais Poitevin :

    Les importations artificielles du sandre et du silure il y a quelques années, deux carnassiers concurrents, consommateurs eux-aussi de fourrage (poissons) pour leur survie. Cet argument se discute néanmoins, ces poissons n’occupant pas le même étage dans la rivière (le sandre et le silure privilégient le fond des cours d’eau contrairement aux brochets). L’arrivée des écrevisses américaines et de l’écrevisse de Louisiane, d’un régime alimentaire omnivore et responsables de la destruction de nombreuses plantes aquatiques dont elles se nourrissent. C’est encore moins de cachettes végétales et de lieux de reproduction pour le brochet !

  • L’augmentation de la pêche de loisirs dans le marais :

    Le Marais Poitevin est très prisé des pêcheurs de part ses nombreux kilomètres de canaux. Des tailles minimales de capture sont instaurées mais est-ce suffisant ? Les populations de brochets sont déjà bien basses comparées à quelques années auparavant… Et quid du braconnage qui a toujours existé dans le Marais Poitevin ?

  • La qualité de l’eau dégradée :

    Les activités humaines (agricoles, industrielles, résidentielles) ont entraîné une pollution de l’eau directement dans le marais et via les bassins versants dont le marais est le réceptacle naturel des eaux d’écoulement et d’infiltration (rivières et eaux souterraines). Ces pollutions (fréquemment herbicides et pesticides) se retrouvent dans les foies de nombreux animaux du marais après analyse laboratoire ainsi que dans les mesures de qualité de l’eau. Le brochet, comme toutes les espèces animales (nous y compris) est une espèce sensible à ce type de pollution.

Face à la régression du brochet dans nos eaux, le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin et les associations de pêches locales œuvrent avec leurs moyens limités pour mener des actions de repopulation du brochet (lâcher de brochetons) ou de préservation de son habitat (reconstitution de frayères). Ces actions menées, bien qu’indispensables, ne suffiront pourtant pas à pérenniser l’espèce dans notre marais où le problème de sa raréfaction semble être bien plus profond comme nous l’avons évoqué plus haut…

Il est de la responsabilité de tous, pêcheurs, agriculteurs, randonneurs, propriétaires terriens, amoureux de la nature d’essayer de préserver le Marais Poitevin tel qu’il l’était il y a encore quelques dizaines d’années, un vivier de pêche et de vie aquatique qui semblait inépuisable…

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